C'est le message que souhaite faire passer Bruno Humbeeck, psychopédagogue. « Le but du qualifiant est de qualifier, mais en le présentant comme un choix négatif, on commence par disqualifier », se désole-t-il. « L'estime de soi est bien meilleure quand le qualifiant est présenté comme un choix positif. Or, l'estime de soi est, au même titre que les sentiment de réussite personnel et d'efficacité, un facteur essentiel de l'épanouissement. »
Pour lui, l’épanouissement se définit en termes de capabilité : c’est l’aptitude à faire des choix qui correspondent à nos aspirations. Le but de l’enseignement n’est pas d’amener tout le monde à l’université. Certains peuvent s’y épanouir, d’autres pas. Oublions l’idée qu’il faut aller très vite sur une trajectoire diplômante qui conduit, via un goulot d’étranglement, vers l’université. Le qualifiant, c’est autre chose.
C’est maintenir la capabilité : chacun peut prendre un chemin qui durera le temps qu’il faut. Le parcours diplômant se transforme en parcours d’acquisition de compétences.
Les élèves s’épanouissent dans le qualifiant parce qu’ils sont acteurs de manières d’apprendre beaucoup plus valorisantes à leurs yeux. Ils apprennent au contact des choses, en tâtonnant, et pas en reproduisant simplement des savoirs théoriques. Ils retrouvent le droit de commettre des erreurs.
L’enseignant doit pratiquer l’orientation positive, sans présenter le qualifiant comme une orientation par défaut. Pour cela, il est nécessaire de changer le système de perception. Cessons d’examiner l’élève en lui disant ‘Désolé, tu as raté, tu dois aller dans le qualifiant.’ Les examens doivent devenir des évaluations et présenter le qualifiant comme une possibilité sur laquelle l’élève a son mot à dire. Le rôle de l’école est aussi d’accompagner l’élève dans ce choix et de l’aider à le défendre auprès de ses parents.
Bruno Humbeeck croit beaucoup au parcours individuel accompagné. L’élève doit, à un moment donné, savoir où il en est, dans quelle direction il va et être soutenu par des personnes qui envisagent ce parcours positivement.
Aujourd’hui, on ne peut plus préjuger du parcours que chacun prendra. Bien souvent, le qualifiant pourrait être appelé le requalifiant : il requalifie des élèves qui se croyaient nuls à l’école. On ne peut pas dire qu’un élève n’est pas fait pour l’école, il n’est juste pas fait pour cette école-là.